Fibre cassée

C’est l’automne et il n’y a pas que les feuilles qui tombent des arbres. Les fibres tombent des poteaux voir même sortent de leurs chambres en se faisant arracher par des indélicats (qui, manifestement, cherchaient plutôt du cuivre).

Ces derniers temps, ça a été le cas à Villemer, à Champlay et même à Joigny. Trois endroits, trois situations différentes et trois conséquences variables.

Véhicule trop haut ou câble trop bas ?

À Villemer, la situation est rentrée dans l’ordre samedi. Un câble de transport avait été arraché par un véhicule probablement de grande hauteur. Plusieurs habitants du village étaient touchés depuis fin septembre, c’est donc bien long.

À Champlay, même problème, ici, comme le montre l’illustration de l’article, l’arrachage du câble a eu lieu vendredi dernier vers 15h et a aussi endommagé la boite de raccordement qui s’est trouvée retournée. Des fibres connectées dedans sont encore fonctionnelles (c’est très fort) et devront donc être coupées puis ressoudées durant la réparation qui consistera essentiellement à repasser un câble neuf à la place de celui qui a été arraché.

C’est pour quand ? Le 26 au plus tard parait-il.

Dans les deux cas, le traitement du symptôme prends beaucoup de temps (sans qu’on sache trop pourquoi … problème de nombre d’équipes de maintenance ?) mais surtout, les causes ne sont jamais traité.

L’arrachage de Champlay provient d’un fait évident lorsqu’on lève le nez : les câbles sont fixés à des poteaux en bordure de route départementale, dans un virage, et flottent donc au dessus de la chaussée sur plusieurs mètres. La norme impose une hauteur minimale de 6 mètres pour des câbles en traversée de route, mais là, ils ne traversent pas la route : ils la longe. L’obligation de hauteur est donc moins élevée. Mais comme la route est en courbe, ils se retrouvent un peu au dessus.

Un véhicule un peu haut, et crac, câble arraché. Bref, à défaut d’enterrer le réseau, il faut ajouter un poteau pour écarter les câbles de la chaussée. Qui le fera ? personne. Est-ce que les gars qui vont aller réparer ont un moyen de remonter ce besoin auprès de qui de droit ? Pas sûr. Si ils l’ont, est-ce qu’ils vont signaler ? C’est pas leur boulot.

Le cuivre, ça rapporte

C’est une manne financière conséquente, ça attire donc les convoitise, mais rien ne différencie très clairement un câble de cuivre d’un câble fibre, si ce n’est les petites écritures dessus qui, bien souvent, sont en tout ou partie effacée lorsqu’on tire sur le câble lors de son installation. Dès lors, et même si c’est regrettable, peu étonnant que des vandales à la recherche de cuivre découpent sans distinction tous les câbles qu’ils trouvent pour « voir ce que c’est » et laisse la fibre en plan.

En attendant, un simple câble de la taille d’un doigt peut transporter l’internet de centaines de foyers. C’est le cas derrière la gare de Joigny ou des gens sont coupés du monde depuis la mi-septembre, avec des dates d’interventions toujours repoussées.

Là aussi, le symptôme fini par être traité : une plainte est déposée et le câble est remplacé, mais pour les utilisateurs finaux, rester coupé du monde pendant des semaines reste inacceptable.

Quelles solutions ?

SCANI n’a pas de baguette magique pour faire voler les câbles plus haut ou faire fuir les vandales. Mais nous avons deux grandes familles d’actions possibles :

Assurer une certaine forme de sécurité

Vous le savez peut-être, la première mission que s’est fixé la coopérative, c’est de connecter les gens qui n’ont rien (les anciennes zones blanches de l’ADSL qui se sont transformées en « points blancs de la fibre »). On le fait au moyen d’antennes pas trop cher à l’achat qui permettent de connecter entre eux les personnes motivées puis de connecter le tout à internet.

Lorsqu’on a commencé à déployer des connexions fibres, on s’est dit « le réseau radio, il faut le garder, à un moment, il va servir ». Eh bien nous y sommes : à Champlay, nous avons 4 personnes concernées par la fibre arrachée, et il se trouve que ces 4 personnes ont également une ancienne installation radio. Nous avons donc reconfiguré le réseau ce matin. La connexion est rétablie. Plus lente, mais au moins, comme disent les techniciens : « ça ping ! »

Dans le quartier sud de la gare de Joigny, c’est plus compliqué : ici, personne ne connaissait SCANI jusqu’à la semaine dernière, il n’y a donc rien d’installé, et installer des antennes, ça prends du temps. Difficile, en prime, de se dire « je vais souscrire à une offre avec un moins bon débit qui va me servir une fois tous les 36 du mois quand la fibre sera coupée », mais pour ceux qui en ont un besoin impératif, c’est pourtant la seule solution qui vaille : avoir deux connexions utilisant deux technologies différentes.

Faire confiance au local et mettre des moyens sur la table

Vous savez comment ça marche quand votre fibre « by <insérez ici le nom d’un opérateur national> » est cassée ? (récit à peine exagéré, constitué d’une recomposition de situations vécues)

  • Vous téléphonez à la hotline
  • Vous tombez sur le salarié d’un sous-traitant qui vous dit de redémarrer votre box
  • Ça donne rien et il promet de vous rappeler
  • Il ne vous rappel pas
  • Vous rappelez la hotline en indiquant que des câbles sont arrachés dehors
  • Ils finissent par admettre que y’a peut être un problème
  • Ils font remonter à votre opérateur
  • L’opérateur envoi un sous-traitant pour changer votre box
  • Vous lui montrez les câbles arrachés
  • Il dit qu’il peut pas réparer, que c’est pas son boulot
  • Il fait un rapport à votre opérateur
  • Vous recevez un SMS qui vous annonce que ce sera peut-être réparé dans une semaine
  • Votre opérateur fait un signalement à l’opérateur d’infrastructure
  • L’opérateur d’infrastructure envoi un gars sans équipement, juste pour constater les dégâts et évaluer le boulot à faire
  • Il demande à un de ses sous-traitants de mobiliser une équipe et du matériel
  • Il y a d’autres urgences et le chantier est reporté
  • Il faut déposer une demande d’occupation de voirie mais la personne qui le fait habituellement est en congés
  • L’équipe fini par venir mais il y a un poteau déclassé qui menace de casser
  • Elle fait un rapport et reporte le chantier
  • L’opérateur d’infrastructure demande au propriétaire du poteau de le remplacer
  • Il mobilise une équipe de sous-traitants qui vont changer le poteau
  • L’opérateur d’infrastructure relance son sous-traitants qui re-plannifie le chantier
  • Le câble est remplacé mais l’équipe chargée d’effectuer les soudures était mobilisée ailleurs et ne passera que la semaine suivante
  • Votre connexion est rétablie, bavo !

La concurrence libre et non faussée a peut-être permis beaucoup d’innovation et une guerre des prix au bénéfice des utilisateurs, mais du temps du monopole de France Telecom, toutes ces opérations pouvaient être gérées par une seule structure et étaient donc enchaînés bien plus rapidement.

Une nationalisation du secteur n’étant probablement pas à l’ordre du jour, de notre côté, on pense quand même que tout ceci pourrait être mieux organisés si certains acteurs faisaient correctement leur métier et que les conditions pour se parler et coopérer étaient réunies :

  • Les opérateurs d’infrastructure devraient avoir plus qu’un simple site « dommages réseaux » qui soit utilisables par les abonnés, quitte à ce que certaines personnes pré-identifiées puissent avoir un canal de communication direct (c’est totalement « hors processus » mais c’est comme ça que nous fonctionnons chez SCANI : on décroche notre téléphone et on tape directement sur les bons interlocuteurs en laissant de côté les processus établis tout en ayant conscience que ça met un bazar monstre dans l’organisation de chaque acteur)
  • Le génie civil existant devrait être bien mieux entretenu (d’autant que les prix pour l’utiliser ont été multipliés par deux il y a quelques mois)
  • Les équipes de terrain devraient être internalisées chez les opérateurs d’infrastructure, notamment ceux qui gèrent des délégations de service publiques, et être assez nombreuses pour assurer la maintenance normale dans des délais acceptables
  • Les opérateurs commerciaux amenés à intervenir sur la partie terminale du réseau (de la boite dans la rue jusqu’à chez vous et dans l’armoire du coin) devraient être fermement sanctionnés à la moindre non-conformité, même mineure (car c’est l’accumulation de petits problèmes qui fini par en créer des gros)
  • Chaque incident (volontaire ou pas) devrait entraîner non seulement une réparation rapide mais surtout une analyse des causes pour les réduire lorsque c’est possible (ajout de poteaux, enfouissement de réseau, mise sous clé de chambres, …)

Mais tout ça, ça demande des moyens financiers, et quand on voit le temps qu’il a fallu pour que tout le monde se mette d’accord pour savoir qui allait payer l’installation de la fibre, on a bien conscience que c’est pas demain la veille que ça va arriver.

Vive la radio !

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