Mobilisations citoyennes

Depuis le début de la crise, l’espace médiatique est, dans sa grande majorité, occupé par les grandes déclarations de nos gouvernants qui tentent, par tous les moyens possibles, d’entretenir le mythe de l’état providence et de rassurer du mieux qu’ils peuvent l’ensemble de la population.

Dans le même temps, des manques criants dans l’organisation publique nationale sont apparus. On peut heureusement compter sur nos organisations plus locales, au premier rang desquels on trouve nos communes.

La « société civile », mot de novlangue utilisé depuis quelques années pour désigner tantôt les associations ou tantôt les individus, prend cette crise de plein fouet (et ce n’est pas terminé) mais se mobilise du mieux qu’elle peut, parfois avec la complicité de nos élus locaux.

En quelques semaines à peine, et sans que ce panorama ne soit exhaustif (si vous avez d’autres infos, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires), plusieurs initiatives sont nées. Les actifs de SCANI participent à l’une ou plusieurs de ces initiatives, on vous en parle donc un peu :

Makers 89 contre le Covid

À l’initiative du fablab des Beaux Boulons à Auxerre, rapidement rejoint par le Maillet de Joigny et des makers du Sénonais et d’un peu partout dans le département, le collectif fédère aujourd’hui une centaine d’imprimantes 3D qui produisent en continu des visières de protection, des fixations pour masques, des systèmes d’ouverture de portes avec le coude, etc …

Après que chacun ait épuisé ses stocks personnels, une cagnotte helloasso a permis les premières commandes de réassort de matière première, rapidement complétée par une donation de la Fondation Free de près 200kg de fil pour les imprimantes 3D. La région devrait également prendre en charge une partie des frais engagés, mais la méthode choisie est bien plus complexe et symptomatique des modes verticaux de fonctionnement (il faut dénicher la facture, l’envoyer à un fablab à l’autre bout de la région qui a reçu une subvention globale de la région et qui est, si on a bien tout saisi, chargé de la répartir entre tous ceux qui ont engagé des frais .. l’histoire ne dit pas si un particulier pourra se faire rembourser directement)

A cette occasion, même si la chose n’est pas simple sans pouvoir se réunir, nous avons rapidement mis en place une organisation qui fonctionne plutôt bien :

  • Le fabmanager Auxerrois se charge de la coordination générale et de tenir les comptes (près de 4000 visières produites !)
  • Deux ou trois personnes, déjà amenées à se déplacer pour leur activité professionnelle, assurent le transport et la répartition de la matière première
  • Sur l’Auxerrois, un bout de jardin (le désormais fameux « 93 ») a été aménagé avec une petite armoire de stockage, un parasol et du matériel de désinfection, permettant la récupération de matière première et le dépôt d’objets par les makers
  • Pour une grande partie des EHPAD, la production de visières a été centralisée à Toucy puis la redistribution a été directement gérée en interne par les établissements
  • Un partenariat a été noué avec un transporteur de matériel médical et les pharmacie, permettant de faire voyager les objets imprimés partout dans le département

La couture Jovinienne

A l’initiative de la mairie de Joigny et de la communauté de commune du Jovinien, plus de 70 couturières et couturiers sont à l’œuvre depuis 3 semaines pour produire des masques en tissus. La collectivité fourni le tissus et les élastiques, les élus se chargent de la distribution du tissus, du ramassage des masques et de la distribution.

Un centre de couture, équipé en machines, a été crée en respectant les distances de sécurité et accueil les personnes non équipées à domicile mais qui savent utiliser les machines à coudre.

Services numériques locaux

On parle beaucoup de la nécessité de relocaliser une partie de la production des biens et services dont nous avons besoin au quotidien. La crise actuelle a mis en évidence une trop grande interdépendance des continents, des pays et même parfois des régions ou des départements.

S’il semble évident qu’il faudra, à l’avenir, assurer les capacité de production de médicament et de matériel, beaucoup semblent se reposer sur internet comme si c’était un acquis infaillible et qui sera toujours disponible.

Pour remettre les choses en perspective, Youtube a fêté son 15e anniversaire le mois dernier, Gmail n’existait pas lors de la présidentielle de 2002, si Zoom (célèbre service de communication vidéo en ligne) était humain, il rentrerait en CE1 en septembre prochain et si la légende dit qu’Internet a été conçu par l’armée américaine pour résister à une guerre nucléaire, la réalité est qu’il s’agit d’un réseau principalement financé et maintenu par des entreprises privées dont l’objectif premier, malgré ce qu’en disent leurs publicités, est le profit financier.

Dès lors, il semble curieux qu’on fasse reposer la quasi totalité de nos interactions sociales et nos activités économiques et citoyennes sur ce seul outil sans se poser un minimum de questions.

La principale question tient en quelques mots : « si demain tel service disparaît d’internet (parce qu’il n’est plus rentable) ou que la connexion au réseau est tout simplement impossible (parce que l’opérateur chargé d’entretenir le réseau fait défaut), que se passe-t-il ? ».

Les réponses sont beaucoup moins évidentes à apporter, mais pour amoindrir l’impact de ce type d’incident, SCANI, déploie son un réseau Icaunais depuis 7 ans en s’assurant qu’il soit une propriété collective (tant qu’il y aura des membres et de l’électricité, le réseau devrait continuer à fonctionner).

Nous avons, depuis le début de la crise, mis en place, avec, entre autre, la complicité de F.E.L.I.N et l’aide de la CCJ, une plateforme d’hébergement de services et déploie des outils de conférence audio et vidéo, de discussion en ligne, d’hébergement de fichiers et de vidéos, d’organisation, de prise de note, etc.

L’ensemble de ces outils sont rassemblés sur le portail Jovinien-Solidaire.

Et demain ?

Comme on dit, « c’est à la fin du festival qu’on compte les bouses ». En réalité, on en a déjà aperçu quelques unes : le délabrement de l’hôpital public, plus de la moitié du secteur privé au chômage partiel, les retraits massifs de l’assurance vie qui vont mettre l’état en difficulté d’ici quelques semaines. La suite sera, de l’avis de quelques spécialistes encore trop peu écoutés, bien pire.

Il y a 7 ans, quelques fadas, ignorant que c’était impossible, ont fondé un fabricant d’accès à internet associatif. Ce FAI est devenu SCANI. Des années, des mois, des jours, des heures innombrables passées à connecter l’Yonne avec une obsession en tête : faire qu’ici (et ailleurs), internet soit élevé au rang qu’il mérite : celui de commun.

Nous ne sommes pas seuls, et ça fait chaud au cœur chaque jour. Les communs, sacrifiés sur les autels de la mondialisation et de la consommation, sont toujours en vie et se développent à tous les niveaux, dans toutes les strates de la société et dans toutes les activités.

Pour les défenseurs et faiseurs des communs, les récents évènements sont à la fois une épreuve et une formidable chance de faire la preuve que ce modèle de société non seulement fait sens, mais est résilient et pertinent.

Certains d’entre nous travaillent littéralement 18 heures par jour depuis mi-mars. À organiser la communication entre les collectifs, à rassembler du matériel, à dénicher des matières premières, à venir en aide à nos soignants, à accompagner ceux qui ont du mal avec les outils numériques, ou à proposer leur aide là ou elle est nécessaire tout simplement.

Cet investissement spontané est impressionnant : en temps normal, ces personnes et ces collectifs sont souvent relégués au second rang. L’économie est plus importante, c’est elle qui prime, et si possible l’économie de gros sous. Et quand l’économie s’arrête, que reste-t-il ?

  • Les services publics à bout de souffle, déjà quasiment en mort cérébrale après des décennies de casse méticuleusement organisée ;
  • la passion du monde associatif et coopératif qui ne fonde pas son activité sur l’argent roi.

Est-ce suffisant pour amortir les chocs à venir ? Certainement pas. Mais comment mettre plus de gens en mouvement ? Que faire avec quelqu’un qui propose son aide mais à qui on ne sait répondre que « euhhh ben viens, intéresse toi, et trouve toi même à quoi tu peux te rendre utile ! » ? Quels sont les domaines qu’il faudrait collectivement considérer comme prioritaires et dans lesquels toute notre énergie disponible devrait être investie ? Ce sont encore beaucoup de questions et elles sont passablement déprimantes.

On se console en se disant que le monde a d’autres choses à penser aujourd’hui, mais on a tout de même l’impression qu’il y a urgence. Que si ce n’est pas maintenant qu’on arrive à faire comprendre l’importance de s’investir personnellement et localement, on n’y parviendra jamais.

Mais comme on n’est pas du genre à se laisser abattre, on se lance dans une idée un peu folle : quitte à être là en attendant une probable seconde vague et un nouveau confinement, on va profiter du temps libéré pour favoriser l’échange de compétences. Vous voulez apprendre et/ou transmettre ce que vous savez ? Vous avez un micro sur votre ordinateur et, idéalement, une caméra ? Envoyez un mail à formation@scani.fr en précisant vos sujets de prédilection (à la fois dans ce que vous voudriez apprendre et ce que vous voudriez transmettre).

Pas de sujets imposés. On risque bien entendu de parler d’informatique et de réseau, mais on voudrait aussi parler culture (de l’esprit et du sol), de musique, …

Le ministre de l’éducation nationale veut une nation apprenante ? Prenons-le au pied de la lettre, apprenons à nous connaître et à travailler ensemble à améliorer (pour ne pas dire « rendre moins pire ») nos avenirs communs.

Et dès qu’on pourra de nouveau se réunir, on ira plus vite, puisqu’on se sera déjà apprivoisés !

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